5 films à voir à la télé cette semaine
du 30 mars au 5 avril 2026
Les Moissons du Ciel
Drame
De Terrence Malick
Avec Richard Gere, Brooke Adams et Sam Shepard
Note IMDB : 7.7/10
Rares sont les films où la lumière raconte autant que les mots; ce film appartient à cette famille-là. "Les Moissons du Ciel" est le deuxième long métrage de Terrence Malick (connu pour sa Palme d'Or à Cannes avec The Tree of Life, et La Ligne Rouge).
Texas, 1916. Bill (Richard Gere), ouvrier en fuite après une bagarre dans une fonderie de Chicago, débarque dans les plaines avec Abby (Brooke Adams), sa compagne, et Linda (Linda Manz), sa jeune sœur. Pour survivre, les trois se font engager comme saisonniers chez un riche fermier solitaire interprété par Sam Shepard. Quand Bill découvre que ce dernier est condamné par la maladie, il pousse Abby à accepter ses avances, espérant hériter de sa fortune. Mais les sentiments ne se laissent pas manipuler aussi facilement, et le triangle amoureux bascule dans la tragédie.
Terrence Malick, qui ne réalisera ensuite que "La ligne rouge" vingt ans plus tard, a tourné "Les Moissons du Ciel" presque entièrement à la lumière naturelle, durant ces vingt-cinq minutes quotidiennes entre le coucher du soleil et la nuit. Son directeur de la photographie, Néstor Almendros, qui perdait alors progressivement la vue, a signé là un travail récompensé par l'Oscar de la meilleure photographie. L'affiche du film elle-même s'inspire de deux toiles américaines célèbres, celle d'Edward Hopper et celle d'Andrew Wyeth, superposées l'une sur l'autre.
Richard Gere, encore jeune et nerveux, donne à Bill une intensité physique saisissante. Brooke Adams, dans le rôle d'Abby, passe de la douceur à la culpabilité avec une retenue qui touche juste. Sam Shepard, dramaturge autant qu'acteur, incarne un fermier à la fois fragile et digne. Mais la voix qui guide le récit est celle de Linda Manz, gamine de douze ans dont la narration donne au film un ton à part, entre conte et chronique.
On sort de "Les Moissons du Ciel" avec des images plein la tête : des champs de blé balayés par le vent, une invasion de sauterelles digne de l'Ancien Testament, un incendie qui dévore la nuit. Le film a reçu le prix de la mise en scène à Cannes et reste, près de cinquante ans après sa sortie, une expérience visuelle à laquelle peu de films peuvent se mesurer.
Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?
Comédie
De Philippe de Chauveron
Avec Christian Clavier, Chantal Lauby et les gendres
Note IMDB : 7.1/10
Plus de douze millions de spectateurs en France. Le chiffre donne le vertige et dit quelque chose de l'époque. "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?", sorti en 2014, a touché un nerf que personne n'avait vu venir, surtout avec cette ampleur.
Claude et Marie Verneuil, bourgeois catholiques de province, ont élevé leurs quatre filles dans la tradition. Mais l'une après l'autre, ces dernières ont épousé des hommes d'origines et de confessions différentes : un musulman, un juif, un chinois. Quand la cadette leur annonce enfin un fiancé catholique, le soulagement est de courte durée. Charles est bien catholique, mais il est ivoirien. Le dîner de famille qui s'ensuit devient un champ de mines où chaque bonne intention se retourne en maladresse.
Le réalisateur Philippe de Chauveron, qui co-signe aussi le scénario, choisit de jouer la carte de la franchise plutôt que celle du politiquement correct. Les préjugés circulent dans tous les sens, personne n'est épargné, et c'est justement cette symétrie qui désamorce le malaise. "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" avance vite, enchaîne les situations sans temps mort, et assume pleinement son registre de comédie populaire.
Christian Clavier, habitué des rôles de Français excédé depuis "Les visiteurs", trouve ici un personnage sur mesure. Chantal Lauby, en épouse tiraillée entre ses réflexes et ses principes, apporte une nuance bienvenue. Autour d'eux, Ary Abittan, Medi Sadoun, Frédéric Chau et Noom Diawara forment un quatuor de gendres dont chacun a ses moments de bravoure comique.
"Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" ne prétend pas résoudre les tensions qu'il met en scène. Il les expose avec suffisamment d'énergie et de bonne humeur pour que la salle rie ensemble, toutes origines confondues. Le succès a engendré deux suites et confirmé que la comédie française, quand elle ose aborder ses sujets sans détour, sait encore remplir les salles.
Edge of Tomorrow
Science-fiction et action
De Doug Liman
Avec Tom Cruise et Emily Blunt
Note IMDB : 7.9/10
Mourir, recommencer, mourir encore, recommencer mieux, encore et encore. "Edge of Tomorrow" reprend un principe connu — la boucle temporelle — et en fait une machine de guerre remarquablement efficace.
Dans un futur proche, une race extraterrestre a envahi l'Europe et aucune armée ne parvient à la repousser. Le commandant William Cage (Tom Cruise), officier de communication qui n'a jamais vu un champ de bataille, se retrouve propulsé en première ligne lors d'un débarquement massif sur les côtes françaises. Il meurt dans les premières minutes. Puis se réveille la veille du combat, condamné à revivre la même journée à chaque mort, jusqu'à ce qu'il trouve la faille.
Doug Liman, qui avait déjà montré son sens du rythme avec "La Mémoire dans la Peau" et Jason Bourne, construit "Edge of Tomorrow" comme un jeu dont le joueur apprendrait les règles en mourant. Le montage, sec et nerveux, coupe chaque séquence au bon moment. Les effets spéciaux servent le récit sans l'écraser, et le scénario, adapté du roman japonais All You Need Is Kill, ménage des rebondissements que la répétition rend d'autant plus savoureux.
Tom Cruise accepte ici quelque chose de rare dans sa carrière : être ridicule. Son personnage part de zéro, maladroit et terrifié, avant de devenir progressivement un soldat redoutable. Emily Blunt, en guerrière aguerrie qui a connu le même phénomène, lui vole régulièrement la vedette avec une autorité physique impressionnante. Bill Paxton, dans le rôle du sergent instructeur, apporte une touche d'humour militaire à chaque boucle temporelle.
"Edge of Tomorrow" a récolté des critiques enthousiastes à sa sortie en 2014, avec 91% d'avis favorables sur Rotten Tomatoes. C'est un film d'action qui respecte l'intelligence de ceux qui le regardent, et qui gagne à être revu — ce qui, vu le sujet, ne manque pas d'ironie.
Inglourious Basterds
Guerre et drame
De Quentin Tarantino
Avec Brad Pitt, Christoph Waltz et Mélanie Laurent
Note IMDB : 8.4/10
Quentin Tarantino a mis dix ans à écrire ce scénario. Le résultat : il réécrit la Seconde Guerre mondiale avec un culot qui n'appartient qu'à lui.
En France occupée, 1944. Deux plans convergent sans le savoir vers un même objectif : éliminer les dirigeants nazis. D'un côté, Shosanna Dreyfus (Mélanie Laurent), jeune juive française qui a échappé au massacre de sa famille et tient désormais un cinéma parisien. De l'autre, un commando de soldats juifs américains mené par le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt), spécialisé dans la terreur derrière les lignes ennemies. Entre eux, le colonel SS Hans Landa (Christoph Waltz), homme d'une intelligence redoutable et d'une courtoisie glaçante.
Tarantino, qui avait déjà dynamité les conventions avec Pulp Fiction et Kill Bill, découpe "Inglourious Basterds" en chapitre comme un roman feuilleton. Le film alterne entre quatre langues — les dialogues sont en anglais pour seulement 40% du temps, le reste se partage entre le français, l'allemand et un peu d'italien. Cette attention aux langues n'est pas un détail : elle crée une tension permanente, notamment dans la scène du bar en sous-sol, où un mauvais accent peut coûter la vie.
Christoph Waltz, quasi inconnu avant "Inglourious Basterds", a volé la mise à tout le monde. Tarantino a reconnu avoir failli abandonner le projet, persuadé d'avoir écrit un rôle impossible à jouer, avant que l'audition de Waltz ne le convainque du contraire. Le résultat lui a valu l'Oscar du meilleur second rôle. Brad Pitt, en officier au sourire carnassier et à l'accent du Tennessee, compose un personnage volontairement outré. Mélanie Laurent porte toute la dimension dramatique du film avec une rage contenue qui éclate dans le dernier acte.
"Inglourious Basterds" a rapporté plus de 320 millions de dollars dans le monde et reste, dans la filmographie de Tarantino, celui où la jouissance du récit et la gravité du sujet se tiennent en équilibre. Le cinéma y est littéralement une arme, et le film le sait parfaitement.
La Famille Bélier
Comédie dramatique
De Éric Lartigau
Avec Louane Emera, Karin Viard et François Damiens
Note IMDB : 7.4/10
Il y a des films dont le succès prend tout le monde de court, y compris ceux qui les ont faits. "La Famille Bélier", sorti fin 2014, en fait partie : près de sept millions et demi d'entrées, un César du meilleur espoir féminin (Louane Emera), et un remake américain, Coda, qui a décroché l'Oscar du meilleur film en 2022.
Paula Bélier a seize ans et vit dans une ferme en Mayenne. Ses parents et son frère sont sourds. Elle est la seule entendante de la famille, ce qui fait d'elle leur interprète au quotidien : chez le médecin, à la banque, au marché. Le jour où son professeur de musique, admirateur inconditionnel de Michel Sardou, découvre qu'elle a une voix exceptionnelle, il la pousse à préparer le concours de Radio France. Partir à Paris, pour Paula, ne signifie pas seulement suivre un rêve. Cela signifie laisser sa famille sans voix.
Éric Lartigau, qui avait signé auparavant des comédies comme "Prête-moi ta main", trouve ici un ton juste entre drôlerie et émotion. "La Famille Bélier" ne verse jamais dans la leçon de morale sur le handicap. La surdité est traitée comme un fait, pas comme un drame, et les scènes les plus drôles viennent souvent de là. Lartigau a aussi l'intelligence de construire deux séquences finales où le son disparaît, plaçant le spectateur dans la perception des parents — un choix de mise en scène simple mais remarquablement efficace.
Louane Emera, repérée dans l'émission The Voice et qui n'avait jamais joué la comédie, porte le film avec un naturel désarmant. Karin Viard et François Damiens, en couple de fermiers sourds à la fois drôles et émouvants, ont appris la langue des signes pour le tournage. Éric Elmosnino complète le tableau en professeur exalté dont la passion pour Sardou frise la monomanie.
Le public a adopté "La Famille Bélier" comme on adopte un film de Noël : avec chaleur, sans chercher la perfection. Les chansons de Sardou, et notamment "Je vole" reprise par Louane, ont connu grâce au film une seconde jeunesse que personne n'aurait prédite.
