5 films à voir à la télé cette semaine
du 27 avril au 3 mai 2026
La Gloire de mon Père
Comédie dramatique
De Yves Robert
Avec Philippe Caubère, Nathalie Roussel et Julien Ciamaca
Note IMDB : 7.6/10
Il suffit parfois du chant d'une cigale et de la silhouette d'une colline provençale pour retrouver intacte l'enfance qu'on croyait oubliée.
Adapté du premier tome des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol, "La Gloire de mon Père" raconte les premières vacances d'été du petit Marcel près d'Aubagne, en 1904. Son père instituteur, sa mère tendre et inquiète, l'oncle Jules fanfaron et la tante Rose découvrent ensemble les garrigues du massif du Garlaban. Pour l'enfant citadin, tout devient aventure : les thyms écrasés sous les pas, les récits de chasse, les amitiés nouées avec un petit paysan nommé Lili.
Yves Robert signe ici une mise en scène d'une simplicité désarmante. Aucun effet spectaculaire, aucune tentation de modernité : la caméra de Robert Alazraki se contente de suivre la lumière et les visages. La voix off de Jean-Pierre Darras, qui lit les mots mêmes de Pagnol, donne au film sa tonalité de confidence. Vladimir Cosma compose une partition devenue inséparable des images, ce thème aux accents méditerranéens qui suffit, aujourd'hui encore, à faire surgir l'odeur de la garrigue.
Philippe Caubère prête à Joseph Pagnol sa ferveur républicaine et ses fragilités d'homme. Nathalie Roussel compose une mère rayonnante et discrète. Quant au jeune Julien Ciamaca, il incarne Marcel avec une justesse bouleversante : pour ce garçon de onze ans, ce sera le seul rôle d'une vie, avant qu'il ne quitte le cinéma pour ses études.
Ce qui frappe, dans "La Gloire de mon Père", c'est la manière dont le film épouse la mémoire plutôt que la chronologie. Tout y baigne dans une nostalgie douce, presque solaire, où l'admiration d'un fils pour son père prend une valeur universelle. La scène de la chasse aux bartavelles, point culminant du récit, mêle émerveillement et tendresse avec une grâce rare.
Nommé quatre fois aux César en 1991, le film fut suivi la même année par son complément naturel, Le Château de ma mère. Trente-six ans après sa sortie, "La Gloire de mon Père" garde cette qualité précieuse des œuvres qui ne vieillissent pas : elle parle à chacun de ses propres étés, de son propre père, de ses propres collines.
A Plein Temps
Drame social
De Eric Gravel
Avec Laure Calamy, Anne Suarez et Cyril Gueï
Note IMDB : 7.5/10
Un film peut-il avoir la tension d'un thriller sans meurtre ni poursuite, sans autre ennemi que le temps qui manque ? "À Plein Temps" répond oui, et le fait avec une énergie qui laisse essoufflé.
Julie vit en grande banlieue parisienne. Mère séparée, elle élève seule ses deux enfants, travaille comme première femme de chambre dans un palace de la capitale, et court tout le temps. Pour attraper son RER, pour déposer les petits chez la nounou, pour arriver à l'heure à son poste. Lorsqu'elle décroche enfin un entretien pour un emploi correspondant à ses études, une grève générale paralyse les transports. Le fragile équilibre commence à vaciller.
Éric Gravel filme cette course comme on filmerait une traque. Les mouvements de caméra collent aux épaules de son personnage, le montage nerveux de Mathilde Van de Moortel ne laisse jamais respirer, et la musique électronique d'Irène Drésel — première compositrice à recevoir le César de la meilleure musique, en 2023 — pulse sous les images comme un compte à rebours. Le cinéaste revendique l'influence du film de genre, et cette hybridation donne à son cinéma social une efficacité redoutable.
Laure Calamy, révélée par la série Dix pour cent et vue dans Seules les bêtes de Dominik Moll, trouve dans "À Plein Temps" un rôle qui lui ressemble peu. Son côté solaire éclaire Julie par intermittence, rendant d'autant plus déchirants les moments où le masque tombe. Elle court, elle ment, elle menace parfois ses collègues ; elle reste pourtant bouleversante parce qu'elle ne s'excuse jamais d'être une femme acculée.
Tout, dans "À Plein Temps", respire la véracité : les quais bondés, les petits arrangements, la fatigue du soir. Gravel ne cherche pas à dénoncer, il préfère faire ressentir. On sort du film avec le cœur encore un peu accéléré, conscient d'avoir partagé, quatre-vingt-sept minutes durant, la charge mentale d'une femme ordinaire.
Primé à la Mostra de Venise 2021 pour la meilleure réalisation et la meilleure interprétation féminine, le film a confirmé Éric Gravel comme un cinéaste à suivre. "À Plein Temps" tient en une heure et demie le pari rare d'émouvoir sans discours, simplement en regardant vivre une femme qui n'a pas le temps de souffler.
Les Évades
Drame
De Frank Darabont
Avec Tim Robbins et Morgan Freeman
Note IMDB : 9.3/10
Il existe des films que l'on revoit comme on retrouve un vieil ami : en sachant à l'avance chaque réplique, et en retrouvant intact le plaisir de la première fois.
Maine, 1947. Andy Dufresne, jeune banquier au tempérament posé, est condamné à deux peines de perpétuité pour le meurtre de sa femme et de l'amant de celle-ci. Derrière les murs du pénitencier de Shawshank, l'un des plus durs de l'État, il rencontre Ellis « Red » Redding, détenu depuis vingt ans, celui qui sait faire entrer à peu près n'importe quoi dans la prison. De cette rencontre naît une amitié qui traverse les décennies, dans un monde où l'espoir passe pour une denrée dangereuse.
Adapté d'une nouvelle de Stephen King publiée en 1982, "Les Évadés" est le premier long-métrage de Frank Darabont, qui poursuivra cette veine carcérale avec La Ligne verte. Le tournage eut lieu dans l'ancienne maison de correction de Mansfield, dans l'Ohio, prison réelle fermée en 1990. Cette matérialité suinte dans chaque plan : les pierres suintent, les cellules étouffent, la lumière d'Ohio tombe sur les cours comme une promesse tenue à distance.
Tim Robbins, que Darabont préféra à Tom Cruise ou Tom Hanks, incarne Andy avec une retenue presque énigmatique — une intelligence silencieuse qui laisse toujours deviner davantage qu'elle ne montre. Face à lui, Morgan Freeman trouve dans "Les Évadés" le rôle de sa carrière. Sa voix off, la toute première qu'il enregistra pour le cinéma, inaugure ce timbre grave et chaleureux qui deviendra sa signature. Le duo, nourri de longues heures de tournage (la première scène au stand de base-ball exigea neuf heures de prises), respire la complicité réelle.
L'atmosphère oscille entre la gravité et une lumière insistante. Darabont prend son temps, installe les visages, laisse parler les silences. La partition de Thomas Newman pose un voile mélancolique sur l'ensemble, et certaines séquences — l'extrait des Noces de Figaro diffusé dans la cour, la lettre retrouvée sous un arbre — atteignent une émotion presque miraculeuse.
Échec commercial relatif à sa sortie en 1994, "Les Évadés" s'est imposé au fil des années comme l'un des films les plus aimés de l'histoire du cinéma, occupant depuis longtemps la première place du classement IMDB. Preuve, s'il en fallait, que les films sur l'espoir finissent toujours par gagner leur pari — à condition de savoir attendre.
Les Filles du Docteur March
Drame
De Greta Gerwig
Avec Saoirse Ronan, Florence Pugh et Timothée Chalamet
Note IMDB : 7.8/10
Comment redonner vie à un roman lu depuis plus d'un siècle sans en trahir la tendresse ni en figer la modernité ? Greta Gerwig relève ce pari avec une évidence déconcertante.
Massachusetts, années 1860. Les quatre sœurs March — Jo l'écrivaine rebelle, Meg la douce aînée, Beth la pianiste fragile, Amy l'ambitieuse cadette — grandissent dans la Nouvelle-Angleterre de la Guerre de Sécession, pendant que leur père sert d'aumônier au front. "Les Filles du Docteur March" croise deux époques : celle de l'enfance partagée et celle de l'âge adulte, où chacune cherche sa place entre mariage, création et indépendance.
La grande idée de Greta Gerwig, qui réalise ici son deuxième long-métrage après Lady Bird, c'est d'avoir bouleversé la chronologie du roman de Louisa May Alcott. Le récit avance par flux de mémoire, les souvenirs affleurent, les époques se répondent. La photographie de Yorick Le Saux baigne les scènes d'enfance d'une lumière chaude et ambrée, tandis que les années adultes se teintent d'une clarté plus froide. Le procédé donne au film sa respiration singulière et transforme une histoire connue en expérience neuve.
Saoirse Ronan, déjà dirigée par Gerwig dans Lady Bird, campe une Jo March flamboyante, pleine d'élans et de colères justes. Florence Pugh vole chaque scène où elle apparaît en Amy, personnage longtemps mal aimé que l'actrice réhabilite avec mordant. Timothée Chalamet prête à Laurie sa nonchalance juvénile, Emma Watson tient Meg avec retenue, Eliza Scanlen bouleverse en Beth. Autour d'elles, Laura Dern en mère lumineuse et Meryl Streep en tante acide complètent une distribution rare.
L'atmosphère de "Les Filles du Docteur March" tient de la reconstitution amoureuse plus que du film d'époque. Chaque intérieur crépite de vie — pianos, manuscrits, rires superposés — et l'on croirait sentir l'odeur du feu de bois. Derrière la légèreté, Gerwig glisse un propos féministe précis : que vaut la création artistique d'une femme quand le monde n'attend d'elle qu'un bon mariage ?
Nommé six fois aux Oscars en 2020, "Les Filles du Docteur March" a remporté celui des meilleurs costumes. Par-delà les récompenses, le film de Greta Gerwig restera comme l'adaptation qui aura rendu au roman d'Alcott sa jeunesse, et aux quatre sœurs leur audace première.
Donnie Brasco
Thriller
De Mike Newell
Avec Al Pacino et Johnny Depp
Note IMDB : 7.7/10
Au milieu des films de mafia flamboyants des années 1990, "Donnie Brasco" a choisi le chemin inverse : celui de la fatigue, de la loyauté trahie et des petites mains du crime organisé.
New York, fin des années 1970. Joe Pistone, agent du FBI, infiltre la famille Bonanno sous l'identité de Donnie Brasco, jeune escroc en bijoux venu de Floride. Sa route croise celle de Benjamin « Lefty » Ruggiero, tueur vieillissant rongé par trente années de service et aucune promotion. Entre le mentor désabusé et le disciple qui n'existe pas, se noue une amitié véritable — celle qui rendra la mission de Pistone de plus en plus intenable, jusqu'à menacer son couple et sa propre identité.
Adapté du livre autobiographique de Joseph Pistone, "Donnie Brasco" doit beaucoup au choix improbable de Mike Newell à la mise en scène. Le cinéaste britannique, connu pour Quatre mariages et un enterrement, était loin du terrain attendu. Il en tire pourtant la force principale du film : une attention aux visages et aux liens plutôt qu'à la mythologie criminelle. La reconstitution du Brooklyn des seventies, les costumes trop voyants, les bars enfumés, tout concourt à une authenticité qui contraste avec le lyrisme d'un Scorsese.
Al Pacino, à contre-emploi de ses rôles tonitruants, compose un Lefty émouvant et pathétique, soldat fidèle qui sent venir sa fin. La scène où il range méthodiquement ses effets avant de sortir, conscient de ne pas revenir, compte parmi les plus déchirantes de sa carrière. Face à lui, Johnny Depp livre une prestation plus âpre qu'à l'accoutumée, délaissant la fantaisie pour une incarnation intériorisée. Michael Madsen, Bruno Kirby et une jeune Anne Heche complètent un ensemble où chaque second rôle existe vraiment.
L'atmosphère de "Donnie Brasco" oscille entre tension sourde et mélancolie. La violence existe, sèche, soudaine, parfois insoutenable — mais elle ne fascine jamais. Ce qui reste, c'est l'histoire d'une amitié impossible entre deux hommes qui auraient pu, dans une autre vie, se sauver l'un l'autre.
Accueilli en 1997 comme un thriller de facture sûre, "Donnie Brasco" a gagné avec le temps le statut d'œuvre à part. Loin du glamour habituel du genre, le film de Mike Newell offre une méditation d'une acuité rare sur la trahison, l'identité et le prix de la loyauté.
