Que la bête meure
- Genre
- Film dramatique
- Réalisateur
- Claude Chabrol
- Acteurs
- Michel Duchaussoy, Caroline Cellier et Jean Yanne
- À la télé
- Lundi 20 avril à 20.55, Arte
Un enfant renversé sur une route de Bretagne. Un père qui écrit noir sur blanc dans son journal : je trouverais le chauffard, et je le tuerais.
Voilà le point de départ de "Que la bête meure", adapté d'un roman anglais de Nicholas Blake que Claude Chabrol avait découvert à dix-sept ans en revendant de fausses éditions dédicacées. Charles Thénier (Michel Duchaussoy), écrivain pour enfants, remonte patiemment la piste du meurtrier de son fils jusqu'à une famille bourgeoise où règne un tyran domestique, Paul Decourt (Jean Yanne), détesté par tous les siens. La vengeance, d'abord solitaire, devient alors un désir partagé.
Chabrol tourne ce film en 1969 sur la presqu'île de Crozon, dans un Finistère printanier dont la lumière tranche avec la noirceur de l'histoire. Cette ironie du décor est sa signature. La caméra observe froidement les rituels de la table, les promenades en mer, les silences autour du dîner, et laisse percevoir une cruauté sourde. D'ailleurs, le premier des Quatre chants sérieux de Brahms, chanté par Kathleen Ferrier, ouvre et ferme le film comme un requiem.
Michel Duchaussoy, alors sociétaire de la Comédie-Française et presque inconnu du grand écran, compose un père méthodique, hanté, d'une retenue déchirante. Face à lui, Jean Yanne crève l'écran en salaud magnifique, odieux jusque dans ses éclats de rire. Caroline Cellier, dans le rôle de la belle-sœur qui s'attache à Charles, apporte une fragilité lumineuse. Maurice Pialat, ami de Stéphane Audran, glisse aussi sa silhouette dans le rôle du commissaire.
Plus qu'une enquête, "Que la bête meure" est une tragédie morale sur la légitimité de la vengeance. Chabrol y déploie son obsession favorite : la violence qui couve sous le vernis des familles respectables, comme dans "La Femme infidèle" tourné la même année. Le face-à-face final entre le père et le meurtrier reste un sommet du cinéma français.
Plus d'un million de spectateurs en 1969, une place durable dans le panthéon Chabrol, et une mise en scène qui n'a rien perdu de son tranchant. "Que la bête meure" se regarde aujourd'hui comme on relit un grand livre noir : avec le plaisir inquiet de reconnaître un maître au travail.

