5 films à voir à la télé cette semaine
du 16 au 22 mars 2026
Men In Black
Comédie fantastique
De Barry Sonnenfeld
Avec Tommy Lee Jones et Will Smith
Note IMDB : 7.3/10
Il y a des films qui font du bien sans qu'on sache vraiment pourquoi. Celui-là, on l'a vu dix fois, et on remet encore.
New York, 1997. Un agent de police un peu trop curieux se retrouve recruté par une organisation secrète dont personne ne connaît l'existence — et pour cause : son rôle est de surveiller les milliers d'extraterrestres qui vivent parmi les humains. Chauffeurs de taxi, vendeurs de hot-dogs, voisins de palier. Les extraterrestres peuvent être n'importe qui. Des gentils comme des méchants. Le danger, lui, prend la forme d'un fermier du Kansas dont le corps a été réquisitionné par quelque chose de bien plus hostile.
Avec ce "Men In Black", Barry Sonnenfeld — qui avait déjà signé *La Famille Addams* — tourne avec une précision de maquettiste. Chaque plan a l'air d'avoir été dessiné avant d'être filmé. Les décors new-yorkais, légèrement déformés, donnent à la ville une allure de bande dessinée chic. Rick Baker, grand nom du maquillage spécial, livre des créatures qui ont encore de la gueule aujourd'hui, à une époque où le numérique n'avait pas tout avalé.
Will Smith et Tommy Lee Jones forment l'un des duos d'acteurs les plus efficaces des années 90. Pas parce qu'ils se ressemblent — justement parce qu'ils ne se ressemblent pas du tout. Tommy Lee Jones joue le personnage de Kay avec une sorte de sérénité et un genre de j'en ai marre de tout. Comme quelqu'un qui a tout vu et que plus rien n'étonne. Will Smith apporte l'énergie inverse : présent, réactif, drôle sans forcer. Leur alchimie tient en grande partie à ce silence que Jones impose, et que Smith essaie constamment de meubler.
L'atmosphère générale de "Men In Black" est légère mais pas superficielle. Le film ne prend pas la peine d'expliquer tout ce qu'il invente — il préfère avancer, faire confiance au spectateur, glisser des détails en arrière-plan que l'œil attrape à peine. C'est ce rythme-là qui le rend si agréable : rien ne traîne, mais rien n'est précipité non plus.
Sorti en 1997, "Men In Black" devient immédiatement un phénomène — plus de 589 millions de dollars au box-office mondial, une suite, une trilogie, une série animée. Mais ce qui reste, au fond, c'est une idée simple et bien menée : et si l'univers était infiniment plus peuplé qu'on ne le croit, et si personne ne le savait parce que deux types en costumes noirs s'assuraient que ça reste comme ça ?
The Descendants
Comédie dramatique
De Alexander Payne
Avec George Clooney
Note IMDB : 7.3/10
Un homme debout au bord du lit de sa femme dans le coma, incapable de pleurer parce qu'il vient d'apprendre que sa femme le trompait. C'est à peu près à ce moment-là qu'on comprend dans quel film on est.
Matt King est propriétaire terrien à Hawaï, père absent, mari distrait. Quand sa femme est victime d'un accident de bateau, il se retrouve seul avec deux filles qu'il connaît à peine, un soucis de business qui engage toute sa famille, et une trahison qu'il n'a pas encore digérée. Alexander Payne — à qui on doit aussi Sideways et About Schmidt — construit "The Descendants" sur cette matière brute : un homme ordinaire face à trop de choses en même temps.
Tourné entièrement à Hawaï, le film refuse le paradis de carte postale. Les paysages sont là, magnifiques, mais ils créent surtout un décalage constant entre la beauté du cadre et le désordre intérieur des personnages. La bande-son renforce cet effet — douce, mélancolique, légèrement décalée.
George Clooney joue ici sans armure. Pas de charme calculé, pas de maîtrise rassurante : il court après un homme qu'il n'a jamais rencontré, il bafouille, il doute. Shailene Woodley, alors inconnue, lui tient tête dans chaque scène. Et Matthew Lillard, dans un rôle secondaire qu'on n'attendait pas de lui, impose une présence troublante en quelques minutes à peine.
"The Descendants" a cette qualité rare d'être à la fois drôle et douloureux, et souvent dans la même séquence. On rit, puis on se sent un peu coupable d'avoir ri. Le rythme est lent par moments, mais c'est le bon rythme — celui du deuil, de la résolution impossible, des conversations qu'on reporte à plus tard.
Oscar du meilleur scénario adapté en 2012, "The Descendants" fut salué comme l'un des films les plus humains de l'année. Treize ans plus tard, "The Descendants" n'a pas pris une ride — peut-être parce qu'il parle moins d'Hawaï ou de trahison que de la difficulté à être père quand on n'a pas appris comment faire.
Source Code
Thriller et science-fiction
De Duncan Jones
Avec Jake Gyllenhaal et Michelle Monaghan
Note IMDB : 7.5/10
Huit minutes. C'est le temps qu'il reste avant l'explosion d'un train de banlieue, et c'est tout ce dont le réalisateur Duncan Jones a besoin pour tenir le spectateur en haleine pendant une heure trente.
Le capitaine Colter Stevens se réveille dans la peau d'un inconnu, dans un train qu'il ne reconnaît pas, en face d'une femme dont il ignore le nom. Quelques minutes plus tard, tout explose. Il se réveille à nouveau dans une capsule militaire hermétique. Une officier de l'armée à l'écran lui explique qu'il fait partie d'un programme classifié : retourner dans les huit dernières minutes de la vie d'un mort pour identifier l'auteur d'un attentat. Et recommencer. Encore et encore.
Après Moon, son premier film remarqué, Duncan Jones confirme qu'il sait construire de la tension à partir de très peu — un décor, une contrainte de temps, un acteur. La mise en scène est précise, sans esbroufe, et chaque répétition de la même séquence révèle un nouveau détail. C'est du Hitchcock revu par la physique quantique.
Jake Gyllenhaal porte presque tout le film sur lui. Il y a quelque chose de physique dans sa façon de jouer la confusion, la panique contrôlée, l'attachement qui grandit malgré lui pour une femme condamnée. Vera Farmiga, de l'autre côté de l'écran, donne à un rôle d'interface militaire une densité émotionnelle inattendue — ses yeux disent autre chose que ses mots.
"Source Code" fonctionne comme un puzzle dont on connaît la forme avant de connaître le contenu. Mais là où d'autres thrillers se satisfont du vertige mécanique, "Source Code" glisse une vraie question : que ferait-on de huit minutes si on savait que c'est tout ce qu'il reste ?
Sorti en 2011 dans l'indifférence relative du grand public, "Source Code" a trouvé son public à la télévision et en streaming, où il est régulièrement redécouvert. Une de ces œuvres efficaces et sincères que le cinéma de genre produit trop rarement.
The Gentlemen
Comédie criminelle et action
De Guy Ritchie
Avec Matthew McConaughey, Hugh Grant et Colin Farrell
Note IMDB : 7.8/10
Guy Ritchie est de retour dans les ruelles de Londres avec des gangsters bien habillés et des dialogues qui claquent. On sait exactement où on met les pieds, et c'est précisément ce qu'on est venu chercher.
Mickey Pearson, Américain installé en Angleterre, a bâti un empire du cannabis dissimulé sous des propriétés aristocratiques. Le jour où il décide de vendre, tout le monde veut sa part : un milliardaire texan, un caïd moitié chinois moitié cockney, un journaliste véreux et un coach de boxe irlandais, ils veulent tous une part du gâteau. L'histoire se raconte à travers les yeux de ce journaliste. Il "vend" cette histoire à l'homme de confiance de Pearson — ce qui donne au film "The Gentlemen" une structure bizarre légèrement vertigineuse.
C'est du Ritchie pur jus, dans la lignée de Arnaques, Crimes et Botanique et Snatch : montage nerveux, dialogues en couches, personnages qui semblent tous avoir un coup d'avance. La mise en scène est précise et joyeuse, sans jamais se prendre au sérieux.
Matthew McConaughey est taillé pour le rôle — calme, solide, légèrement inquiétant sous le vernis policé d'un mec cool. Colin Farrell, en coach de boxe qui traîne une bande de jeunes rappeurs, vole quasiment chaque scène où il apparaît avec une économie de moyens impressionnante. Mais c'est Hugh Grant qui surprend le plus : grimé en détective privé bavard et retors, il se transforme littéralement sous nos yeux, délivrant une performance qu'on n'aurait pas soupçonné de lui.
"The Gentlemen" déborde d'énergie et de savoir-faire. Il y a certes quelques longueurs vers la fin du film. Mais le plaisir reste celui d'un bon film d'artisan. C'est suffisant pour passer deux heures de la meilleure des façons.
Succès public et critique à sa sortie, "The Gentlemen" a généré une série Netflix en 2024 — preuve que l'univers a convaincu au-delà du seul film. Une entrée idéale dans l'œuvre de Guy Ritchie pour qui ne le connaît pas encore.
Usual Suspects
Thriller
De Bryan Singer
Avec Kevin Spacey, Gabriel Byrne et Chazz Palminteri
Note IMDB : 8.5/10
Il y a des films dont on ressort tout en repensant à la première scène du film avec des yeux entièrement différents. Celui-ci est probablement le plus célèbre exemple du genre.
Cinq criminels se retrouvent par hasard dans une salle d'attente du LAPD, la police de Los Angeles, après une arrestation de routine. De cette rencontre naît un projet commun, une succession de braquages, et finalement une mission imposée par un homme dont personne n'a jamais vu le visage : Keyser Söze. Tout cela nous est raconté en flash-back par le seul survivant d'une catastrophe humaine sur un port de la ville : Roger Kint, un petit escroc boiteux, qui parle beaucoup.
Le réalisateur Bryan Singer, qui n'avait alors réalisé qu'un film auparavant, orchestre "Usual Suspects" avec une maîtrise troublante pour son âge. Le scénario de Christopher McQuarrie — qui remportera l'Oscar — tient en équilibre permanent entre ce qu'on nous dit et ce qu'on nous montre, semant des indices qui ne ressemblent pas à des indices.
Kevin Spacey construit le personnage de Kint par petites touches : une jambe qui boite, un regard fuyant, une façon de parler qui semble toujours légèrement en retard sur ce qu'il pense. C'est un travail d'acteur subtil, qui fonctionne à deux niveaux que l'on ne perçoit qu'après le film. Face à lui, Chazz Palminteri joue l'enquêteur avec une confiance qui se retourne contre lui. Et Benicio del Toro, dans un rôle secondaire quasi incompréhensible, a inventé pour l'occasion un accent et une démarche si particulière qu'on ne le quitte pas des yeux.
"Usual Suspects" installe une atmosphère de fin d'après-midi grise, de bureaux encombrés, de lumière blafarde. Rien de spectaculaire — la tension vient des mots, des silences, des visages.
Trente ans après sa sortie, "The Usual Suspects" reste l'une des références absolues du thriller à rebondissement, même pour les spectateurs qui connaissent la chute. Ce qui est en soi la preuve que l'arnaque tient.
