5 films à voir à la télé cette semaine
du 11 au 17 mai 2026
No Country for Old Men
Thriller
De Joel et Ethan Coen
Avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem et Josh Brolin
Note IMDB : 8.2/10
Une mallette pleine de billets retrouvée près d'un cadavre dans le désert du Texas. Llewelyn Moss (Josh Brolin), soudeur et vétéran du Vietnam, hésite quelques secondes, puis l'emporte. Cette décision va lancer la traque la plus glaçante du cinéma américain des années 2000.
Adapté du roman de Cormac McCarthy, "No Country for Old Men" suit trois hommes liés par cet argent : Moss, qui croit pouvoir disparaître ; Anton Chigurh (Javier Bardem), tueur à gages au regard mort qui décide parfois du sort des gens à pile ou face ; et le shérif Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones), vieillissant, dépassé par une violence qu'il ne reconnaît plus.
Les frères Joel et Ethan Coen signent ici leur film le plus dépouillé. Pas de musique, ou presque. De longues séquences sans dialogue, où l'on entend seulement le vent, des bottes sur le gravier, le déclic d'une serrure. Le chef opérateur Roger Deakins filme l'ouest texan de 1980 comme un territoire vidé de sens, où les paysages écrasent les hommes.
Javier Bardem, méconnaissable sous une coupe au bol restée légendaire, a remporté l'Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de Chigurh. Tommy Lee Jones, dans la peau du shérif, porte tout le poids moral du récit avec une lassitude qui sonne juste à chaque plan. Josh Brolin, en proie qui refuse de se savoir condamnée, trouve ici le rôle qui a relancé sa carrière.
L'atmosphère de "No Country for Old Men" tient de la suffocation lente. Les Coen avaient signé "Fargo" douze ans plus tôt ; ils retrouvent le même goût pour la fatalité absurde, mais en retirent toute ironie. Le film a raflé quatre Oscars en 2008, dont meilleur film et meilleure réalisation, marquant un retour magistral des frères après quelques comédies inégales.
"No Country for Old Men" continue de hanter ceux qui le découvrent. Sa fin, déconcertante pour beaucoup à la sortie, est aujourd'hui considérée comme l'une des plus puissantes du cinéma contemporain.
Interstellar
Film de science-fiction
De Christopher Nolan
Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway et Jessica Chastain
Note IMDB : 8.7/10
Une Terre asphyxiée par les tempêtes de poussière, des récoltes qui meurent les unes après les autres, et une équipe d'astronautes envoyée chercher un nouveau foyer pour l'humanité. Christopher Nolan signe ici son film le plus émouvant, un voyage spatial qui parle surtout d'amour entre un père et sa fille.
Cooper (Matthew McConaughey), ancien pilote de la NASA devenu fermier, accepte de quitter ses enfants pour franchir un trou de ver et explorer trois planètes lointaines. Le temps qui passe différemment selon la gravité devient l'enjeu du récit : chaque heure perdue sur une planète peut représenter des années sur Terre.
"Interstellar" doit beaucoup au physicien Kip Thorne, prix Nobel et conseiller scientifique du film. Il avait posé deux conditions à Nolan : ne jamais violer les lois physiques connues, et faire reposer toute spéculation sur la science réelle. Les calculs effectués pour visualiser le trou noir Gargantua ont d'ailleurs donné lieu à une publication scientifique. Le chef opérateur Hoyte van Hoytema a tourné en pellicule 35 mm et IMAX 70 mm, refusant tout effet numérique pour les vaisseaux, construits en taille réelle.
Matthew McConaughey, repéré par Nolan dans le film "Mud" alors qu'il tournait True Detective, livre une performance qui repose sur sa voix rauque et ses silences. La scène où il regarde vingt-trois ans de messages de ses enfants reste l'un des sommets émotionnels du cinéma de science-fiction. Anne Hathaway, Jessica Chastain et Michael Caine complètent une distribution dense, avec une apparition mémorable de Matt Damon en scientifique isolé sur une planète de glace.
La partition de Hans Zimmer, dominée par un orgue d'église, donne à "Interstellar" une dimension presque sacrée. L'ensemble dure presque trois heures et accumule les théories de relativité sans jamais perdre son cœur familial.
Sorti en 2014, "Interstellar" a rapporté plus de 700 millions de dollars dans le monde et remporté l'Oscar des meilleurs effets visuels. Sa réputation n'a cessé de grandir depuis.
Retour vers le Futur
Film de science-fiction et comédie
De Robert Zemeckis
Avec Michael J. Fox et Christopher Lloyd
Note IMDB : 8.5/10
Un adolescent californien projeté trente ans dans le passé à bord d'une DeLorean, et qui doit absolument forcer ses parents à tomber amoureux pour ne pas disparaître. L'idée pourrait sembler farfelue ; elle a donné l'une des comédies de science-fiction les plus parfaites jamais produites.
"Retour vers le Futur" met en scène Marty McFly (Michael J. Fox), lycéen ordinaire des années 1980, propulsé en 1955 par la machine à voyager dans le temps de son ami Doc Brown (Christopher Lloyd), scientifique à la chevelure électrique. Sur place, Marty croise sa mère adolescente, qui s'éprend de lui, et son père, alors timide jusqu'à la paralysie. Il a une semaine pour réparer le paradoxe.
Robert Zemeckis et son scénariste Bob Gale ont mis quatre ans à imposer le projet aux studios. Eric Stoltz a même tourné cinq semaines dans le rôle de Marty avant que Zemeckis, jugeant son interprétation trop dramatique, ne se résolve à le remplacer par Michael J. Fox. L'acteur, alors star de la série Sacrée Famille, a tourné le jour pour la télévision et la nuit pour le film, dans une cadence éreintante mais visible à l'écran.
Christopher Lloyd compose un Doc Brown habité, à la limite de l'hystérie contrôlée, et a réellement grimpé sur la tour de l'horloge pour les plans finaux du film. Lea Thompson, en mère devenue éprise de son propre fils, trouve le ton juste entre la comédie et le malaise. Crispin Glover, dans le rôle du père gauche, livre une composition restée inégalée par la suite.
Steven Spielberg producteur, partition d'Alan Silvestri, chanson de Huey Lewis : tout fonctionne ici dans "Retour vers le Futur". Le film a été le plus gros succès de 1985 et a engendré deux suites tournées simultanément quelques années plus tard. "Retour vers le Futur" continue d'inspirer des générations de scénaristes pour la précision de son écriture, où chaque détail planté en première partie trouve sa résolution.
Anatomie d'une Chute
Drame judiciaire
De Justine Triet
Avec Sandra Hüller, Swann Arlaud et Milo Machado-Graner
Note IMDB : 7.6/10
Un homme retrouvé mort dans la neige au pied de son chalet isolé. Sa femme, romancière à succès, devient la principale suspecte. Leur fils malvoyant de onze ans est le seul témoin possible. À partir de cette situation, Justine Triet construit un drame judiciaire qui dissèque un couple plus qu'il ne cherche un coupable.
"Anatomie d'une Chute" suit le procès de Sandra (Sandra Hüller), soupçonnée d'avoir poussé son mari Samuel par la fenêtre de leur maison de montagne. La cour reconstitue leurs disputes, leurs frustrations professionnelles, leurs ressentiments accumulés. Daniel, l'enfant, doit témoigner sur ce qu'il a vu, ou cru voir.
Justine Triet a coécrit le scénario avec son compagnon Arthur Harari pendant le confinement de 2020, depuis deux pièces séparées de leur appartement, en s'envoyant des versions par e-mail. La scène de dispute centrale, point culminant du procès, a été réécrite plus de soixante-dix fois. La réalisatrice voulait raconter techniquement la chute d'un corps pour en faire l'image de la chute d'un couple.
Sandra Hüller, déjà présente dans Sibyl, le précédent film de Triet, avait été choisie avant même l'écriture. C'est pour elle qu'une partie des dialogues passe en anglais, langue de communication imposée dans le couple à l'écran. L'actrice allemande, vue la même année dans "La Zone d'intérêt", livre une performance d'une rigueur impressionnante, refusant la sympathie facile. Swann Arlaud en avocat dévoué et le jeune Milo Machado-Graner, dans son premier rôle, apportent à "Anatomie d'une Chute" une humanité bouleversante.
Le film a remporté la Palme d'or à Cannes en 2023, faisant de Triet la troisième femme à recevoir cette distinction. Il a ensuite décroché six César dont meilleur film et l'Oscar du meilleur scénario original. Près de deux millions de spectateurs français l'ont vu en salle. "Anatomie d'une Chute" tient sa force de son refus de trancher : à la sortie de la projection, le débat continue.
The Big Lebowski
Comédie et film noir (un peu !) en même temps
De Joel et Ethan Coen
Avec Jeff Bridges
Note IMDB : 8.1/10
Un type tranquille, en peignoir et lunettes de soleil, qui passe ses journées à boire des White Russians et à lancer des boules de bowling. Une mafia se trompe d'adresse, urine sur son tapis, et le voilà entraîné dans une affaire d'enlèvement absurde. Bienvenue dans l'univers de "The Big Lebowski".
Jeff "The Dude" Lebowski (Jeff Bridges) est confondu avec un millionnaire qui porte le même nom. Pour récupérer la valeur de son tapis, il accepte de servir d'intermédiaire dans une histoire de rançon, accompagné de Walter (John Goodman), vétéran du Vietnam aux nerfs en charpie, et de Donny (Steve Buscemi), son ami bowleur taciturne. Leur enquête zigzague entre nihilistes allemands, artiste féministe et producteur de films pour adultes.
Deuxième film de cette sélection après "No Country for Old Men", Joel et Ethan Coen ont écrit "The Big Lebowski" peu après "Barton Fink", en s'inspirant librement de Raymond Chandler. Le film de Robert Altman "The Long Goodbye" est leur autre référence avouée. Tourné à Los Angeles avec un budget de 15 millions de dollars, le film a d'abord déconcerté la critique en 1998 avant de devenir l'objet d'un véritable culte, avec ses festivals annuels où des milliers de fans se déguisent en personnages du film.
Jeff Bridges incarne The Dude avec une nonchalance qui semble couler de source. Il a d'ailleurs utilisé certains de ses propres vêtements pour le tournage. John Goodman compose un Walter inoubliable, mélange de tendresse et de fureur militaire, inspiré du cinéaste John Milius. Steve Buscemi, John Turturro en bowleur cubain ricanant, Julianne Moore en artiste excentrique et Philip Seymour Hoffman en assistant onctueux complètent une galerie de seconds rôles devenue mythique.
Les rêves psychédéliques, la bande-son qui mêle Bob Dylan, Kenny Rogers et les Gypsy Kings, les répliques entrées dans le langage courant : tout dans "The Big Lebowski" repose sur une logique propre, étrangère à l'efficacité hollywoodienne. Les Coen ont confirmé qu'aucune suite ne verrait jamais le jour. Ce flegme qui dit non à tout ce que le monde voudrait imposer continue, près de trois décennies plus tard, de séduire chaque nouvelle génération.
