5 films à voir à la télé cette semaine
du 4 au 10 mai 2026
Le Château de ma Mère
Comédie dramatique
De Yves Robert
Avec Philippe Caubère, Nathalie Roussel et Julien Ciamaca
Note IMDB : 7.6/10
Quelques semaines à peine après "La Gloire de mon Père", Yves Robert revenait en 1990 avec la suite des souvenirs de Marcel Pagnol. Même collines, même famille, même bonheur fragile — mais "Le Château de ma Mère" est le début de la fin de l'enfance.
Le jeune Marcel attend avec impatience les week-ends à La Treille. Pour gagner du temps, son père Joseph décide de couper par les berges du canal, traversant illégalement plusieurs propriétés privées. Le secret tient jusqu'au jour où un garde intransigeant les surprend. En parallèle, Marcel rencontre Isabelle, une fillette prétentieuse qui lui fait découvrir les premiers émois et les premières blessures du cœur.
Yves Robert filme la Provence du début du siècle avec une lumière dorée, presque tactile. Les collines, les cigales, les sentiers de garrigue : tout est là, fidèle aux pages de Pagnol. La photographie de Robert Alazraki donne aux paysages une présence chaleureuse, jamais carte postale. Le réalisateur, déjà connu pour "La Guerre des boutons", retrouve ici son terrain de prédilection : l'enfance vue avec tendresse et lucidité.
Philippe Caubère campe un Joseph instituteur républicain, fier et attendrissant, tandis que Nathalie Roussel apporte à Augustine une douceur inquiète qui serre le cœur. Julien Ciamaca, dans le rôle de Marcel, n'a tourné que ces deux films dans sa vie — et son visage reste pour beaucoup celui de l'écrivain enfant. Didier Pain en oncle Jules et Thérèse Liotard en tante Rose complètent ce portrait familial avec une justesse rare.
Le ton de "Le Château de ma Mère" oscille entre rire et nostalgie. On se laisse porter par la voix off, par les chamailleries, par la chaleur du clan. Puis vient la fin, qui justifie pleinement le titre : un épilogue bouleversant, où la voix adulte de Pagnol revient sur ces étés perdus avec une émotion contenue. Pas de pathos, juste la vérité du temps qui passe.
"Le Château de ma Mère" reste l'une des plus belles adaptations littéraires du cinéma français. Trente-cinq ans après sa sortie, ces collines provençales continuent d'enchanter chaque nouvelle génération.
Douleur et Gloire
Drame
De Pedro Almodóvar
Avec Antonio Banderas et Penélope Cruz
Note IMDB : 7.5/10
Un cinéaste vieillissant, perclus de douleurs, retrouve par hasard un acteur qu'il avait perdu de vue depuis trente-deux ans. De cette rencontre inattendue naît avec "Douleur et Gloire" un voyage intérieur qui va remonter jusqu'à l'enfance.
Salvador Mallo (Antonio Banderas) ne tourne plus. Les maux du corps et ceux de l'âme l'ont peu à peu paralysé. Quand son œuvre la plus aimée est ressortie dans une nouvelle copie, il accepte de revoir Alberto Crespo, l'acteur principal avec qui il s'était brouillé. Cette reprise de contact ouvre une brèche : souvenirs de sa mère lavandière dans un village andalou, premier amour adolescent, années madrilènes flamboyantes des années 80, blessures jamais cicatrisées.
Pedro Almodóvar livre ici son projet le plus intime, presque une autofiction. L'appartement de Salvador reproduit fidèlement le sien, meubles compris. Le directeur de la photographie José Luis Alcaine venait observer la lumière chez le réalisateur pour la recréer en studio. Les couleurs explosent comme toujours chez Almodóvar — rouge sang, bleu cobalt, jaune safran — mais le tempo est plus apaisé, plus mélancolique que dans "Volver" ou "Tout sur ma mère".
Antonio Banderas, prix d'interprétation masculine à Cannes en 2019 avec ce film, livre la performance d'une vie. Voûté, cheveux gris hirsutes, il adopte les gestes mêmes du réalisateur sans jamais tomber dans l'imitation. Tout passe par le regard, par les silences, par une économie de moyens stupéfiante. Penélope Cruz incarne la mère jeune avec une force lumineuse, et Asier Etxeandia compose un Alberto fragile et magnétique.
L'atmosphère de "Douleur et Gloire" ressemble à un puzzle émotionnel qui s'assemble lentement. Pas de grandes scènes spectaculaires, mais des fragments, des éclats, des conversations qui touchent juste. Almodóvar atteint une forme de pudeur nouvelle, presque tolstoïenne dans son titre comme dans son ampleur.
"Douleur et Gloire" récapitule toute une œuvre tout en ouvrant un nouveau chapitre. Acclamé à Cannes, nommé deux fois aux Oscars, Almodóvar confirme ici qu'il reste l'un des plus grands cinéastes vivants.
Limitless
Thriller de science-fiction
De Neil Burger
Avec Bradley Cooper et Robert De Niro
Note IMDB : 7.4/10
Et si une simple pilule permettait d'utiliser la totalité du cerveau ? "Limitless" prend cette vieille fable et la transforme en thriller électrique, drôle et vertigineux.
Eddie Morra est un écrivain raté à New York. Appartement insalubre, manuscrit en panne, petite amie qui le quitte. Un ancien beau-frère croisé par hasard lui glisse un comprimé transparent baptisé NZT-48. Quelques heures plus tard, Eddie parle quatre langues, mémorise tout, séduit n'importe qui et devient en quelques semaines le génie de Wall Street. Mais le médicament a un prix, et certains sont prêts à tuer pour en obtenir.
Neil Burger, déjà remarqué pour "L'Illusionniste", déploie dans "Limitless" une mise en scène tape-à-l'œil qui sert exactement le propos. Travellings infinis dans les rues de Manhattan, zooms vertigineux à travers la ville, dédoublements visuels du personnage : la caméra elle-même semble sous NZT. Le directeur de la photographie Jo Willems et le compositeur Paul Leonard-Morgan fabriquent ensemble une montée en puissance presque physique. Le tout repose sur un budget modeste de vingt-sept millions de dollars, pour un succès commercial mondial de cent soixante-et-un millions.
Bradley Cooper trouve ici le rôle qui change sa carrière. Charisme, humour, narration en voix off pleine de mordant : il porte le récit de bout en bout, passant du clochard mal rasé au prédateur en costume sur mesure avec une aisance bluffante. Robert De Niro, en magnat de la finance impitoyable, n'apparaît qu'une poignée de scènes mais leur confrontation finale reste mémorable. Abbie Cornish complète le trio avec finesse.
L'ambiance est celle d'une drogue cinématographique : on sort survolté, secoué, légèrement coupable. Le rythme ne faiblit jamais, les effets visuels créent une griserie réelle, et la question morale reste posée jusqu'au bout. Que ferait-on à la place d'Eddie ?
"Limitless" figure aujourd'hui parmi les thrillers les plus revus du XXIe siècle. Bill Simmons l'a même classé seizième dans sa liste des films les plus agréables à revoir. Une efficacité rare pour une nuit de pure adrénaline.
Decision to Leave
Thriller romantique
De Park Chan-wook
Avec Tang Wei, Park Hae-il et Lee Jung-hyun
Note IMDB : 7.3/10
Un homme tombe d'une falaise en Corée du Sud. Suicide, accident, meurtre ? Avec "Decision to Leave", Park Chan-wook part de cette question simple pour construire l'une des plus belles histoires d'obsession amoureuse du cinéma récent.
Hae-jun, inspecteur insomniaque de Busan, enquête sur la chute mortelle d'un retraité dans la montagne. La veuve, Seo-rae, est une jeune Chinoise au visage impénétrable, qui ne verse aucune larme. Tout l'accuse — une griffure suspecte sur la main, un alibi flou, un mariage malheureux. Hae-jun la surveille, l'interroge, la suit. Et tombe amoureux. Lorsque l'enquête prend une tournure inattendue, leurs vies basculent dans un territoire que ni l'un ni l'autre ne contrôle plus.
Park Chan-wook, auteur d'"Old Boy" et de "Mademoiselle", abandonne ici la violence frontale qui a fait sa réputation pour explorer une retenue toute hitchcockienne. La référence à "Vertigo" est assumée. Les transitions visuelles sont d'une virtuosité folle : l'inspecteur apparaît dans la scène qu'il imagine, les souvenirs s'invitent dans le présent, la brume devient personnage à part entière. Prix de la mise en scène à Cannes en 2022, le réalisateur sud-coréen signe avec "Decision to Leave" peut-être son œuvre la plus accomplie.
Tang Wei, déjà bouleversante dans "Lust, Caution" d'Ang Lee, compose une Seo-rae énigmatique, douce et dangereuse à la fois. Chaque silence devient une énigme. Park Hae-il, vu jadis dans "Memories of Murder" et "The Host", incarne un policier méticuleux dont la rigueur se fissure scène après scène. Leur alchimie repose sur des regards, des messages textes, un baume à lèvres partagé : presque rien, et pourtant tout.
L'atmosphère mêle mer et montagne, brouillard et néons, pour atteindre une étrangeté hypnotique. La bande-son, les cadrages géométriques et les jeux de reflets transforment chaque scène en tableau. On en sort comme d'un rêve dont on cherche encore le sens.
"Decision to Leave" a conquis la critique mondiale et reste à ce jour le long métrage le plus diffusé sur la plateforme Mubi. Un sommet de cinéma sensuel et précis, à savourer lentement.
Les Noces Funèbres
Animation fantastique
De Tim Burton
Voix originales : Johnny Depp, Helena Bonham Carter et Emily Watson
Voix françaises : Bruno Choël, Laurence Bréheret et Céline Mauge
Note IMDB : 7.4/10
Un jeune homme timide répète ses vœux dans une forêt brumeuse. Il glisse l'alliance autour d'une branche morte qui se révèle être... une main. C'est ainsi que démarre "Les Noces Funèbres", l'un des films d'animation les plus inventifs de Tim Burton.
Au XIXe siècle, dans un village d'Europe de l'Est froid et gris, Victor Van Dort doit épouser Victoria Everglot. Mariage arrangé, deux familles ruinées d'un côté, parvenues de l'autre. Le coup de foudre est pourtant immédiat. Mais lors d'une répétition catastrophique, Victor se retrouve marié sans le vouloir au cadavre d'Emily, jeune femme assassinée jadis. Il bascule alors dans le royaume des morts, étrangement plus chaleureux que celui des vivants.
Tim Burton renoue ici avec la stop-motion, douze ans après "L'Étrange Noël de monsieur Jack" qu'il avait produit. Toutes les marionnettes sont animées image par image par une équipe de vingt-cinq spécialistes dans les studios de Londres. Les figurines de Victor et d'Emily reproduisent les traits de Johnny Depp et Helena Bonham Carter. Le contraste visuel entre les deux mondes est saisissant : palette éteinte chez les vivants, couleurs flamboyantes et jazz endiablé chez les morts. La musique de Danny Elfman, douzième collaboration avec Burton, alterne mélodies poignantes et numéros déjantés.
Johnny Depp prête à Victor une voix douce et hésitante qui colle parfaitement à sa silhouette filiforme. Helena Bonham Carter donne à la mariée morte une fragilité émouvante, jamais grotesque malgré son œil qui se décroche. Emily Watson en Victoria et Richard E. Grant en Lord Barkis complètent une distribution vocale impeccable.
L'atmosphère de "Les Noces Funèbres" relève du conte gothique tendre. La mort y devient festive, les squelettes y dansent, et l'amour s'y révèle plus puissant que la décomposition. L'ensemble tient en soixante-seize minutes seulement, mais chaque plan respire l'amour du métier.
Nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation en 2006, "Les Noces Funèbres" reste une œuvre singulière, parfaite pour redécouvrir l'univers de Burton à son sommet. Le genre de spectacle qui réconcilie les enfants courageux et les adultes restés rêveurs.
