5 films à voir à la télé cette semaine

du 1 au 7 juin 2026


Illustration : "Les 5 films de la semaine à voir à la télé"
 
Les 5 films à voir à la télé cette semaine sont :

 

Le Passé


Drame
De Asghar Farhadi
Avec Bérénice Bejo, Ali Mosaffa et Tahar Rahim
Note IMDB : 7.8/10

Ahmad (Ali Mosaffa ) débarque à Paris après quatre ans d'absence pour finaliser son divorce avec Marie (Bérénice Bejo). Dès les premières scènes de « Le Passé », quelque chose de lourd flotte dans cet appartement — une nouvelle vie, un autre homme, des enfants qui ne savent plus très bien où poser les yeux. Farhadi pose tout ça sans explication et laisse le malaise s'installer.

Le cinéaste iranien, auteur de « Une séparation » (Ours d'or à Berlin, Oscar du meilleur film étranger), tourne ici son premier film en français — une langue qu'il ne parle pas. Il a dirigé ses acteurs via un interprète tout au long de trois mois de répétitions, en faisant jouer des scènes entières qui n'apparaissent pas dans le film. Ce travail se lit dans chaque plan.

Bérénice Bejo, révélée dans « The Artist », livre ici une tout autre partition : Marie est épuisée, contradictoire, aimante et blessante tour à tour. Ali Mosaffa compose Ahmad avec une retenue qui dit beaucoup — un homme venu clore une histoire et rattrapé par une autre. Tahar Rahim, en Samir, porte une culpabilité silencieuse qui traverse le film de bout en bout.

« Le Passé » installe une atmosphère de maison en désordre — des cartons de déménagement encore debout, des pièces qui n'appartiennent déjà plus à personne. C'est une histoire de secrets remontés à la surface, d'enfants coincés entre des adultes qui s'aiment encore trop ou plus assez. La chaleur des non-dits y est étouffante.

Présenté à Cannes en 2013, où Bérénice Bejo a remporté le Prix d'interprétation féminine, « Le Passé » confirme que Farhadi est l'un des rares cinéastes à filmer les ruptures comme des enquêtes : chaque révélation déplace la culpabilité, et le jugement ne cesse de vaciller.

Jeudi 4 juin à 21.00 sur France 4

 

La Chute


Drame historique
De Oliver Hirschbiegel
Avec Bruno Ganz et Alexandra Maria Lara
Note IMDB : 8.2/10

Berlin, avril 1945. Dans son bunker souterrain, Adolf Hitler attend la fin. « La Chute » choisit de raconter ses derniers jours du point de vue de Traudl Junge, une jeune secrétaire bavaroise du Führer — un choix qui déplace le regard et oblige à regarder l'horreur depuis l'intérieur.

Oliver Hirschbiegel s'appuie sur les travaux de l'historien Joachim Fest et sur les mémoires de Traudl Junge. Le film reconstruit le bunker de la chancellerie avec une précision documentaire, dans un souci de réalisme qui interdit toute facilité .La lumière est blafarde, écrasante, sans issue — comme l'atmosphère du lieu.

Bruno Ganz s'est immergé pendant des mois dans l'étude des archives et des enregistrements sonores du Führer pour reproduire sa voix, ses tremblements, ses colères. L'acteur suisse, connu notamment pour « Les Ailes du désir » de Wim Wenders, signe une performance qui ne cherche ni à diaboliser ni à absoudre : son Hitler tremble, crie, se recroqueville — l'homme sombre.

Alexandra Maria Lara incarne Traudl Junge avec une justesse troublante — celle d'une jeune femme qui réalise enfin ce qu'elle a servi sans jamais se poser la question. Corinna Harfouch, en Magda Goebbels, apporte une froideur absolue qui rend certaines scènes insupportables. « La Chute » tire sa force de ces visages ordinaires pris dans un effondrement extraordinaire.

À sa sortie en 2004, le film a soulevé une vraie polémique : était-il légitime de montrer Hitler en être humain ? Le temps a tranché. Avec 92 millions de dollars de recettes mondiales et une sélection à l'Oscar du meilleur film étranger, « La Chute » reste une date dans le cinéma allemand d'après-guerre.

Jeudi 4 juin à 20.55 sur T18

 

Fenêtre sur Cour


Film à suspense
De Alfred Hitchcock
Avec James Stewart et Grace Kelly
Note IMDB : 8.4/10

L.B. Jefferies (James Stewart), photographe immobilisé par une jambe plâtrée, passe ses journées à observer les fenêtres d'en face depuis son appartement. Un soir, quelque chose dans l'un des logements ne colle pas. Hitchcock construit « Fenêtre sur cour » autour d'une idée aussi simple que redoutable : le voyeurisme comme moteur du suspense.

Hitchcock a tourné le film intégralement sur un décor colossal bâti au studio Paramount de Hollywood — la cour intérieure d'un immeuble fictif de Manhattan, avec trente et un appartements visibles, dont douze entièrement meublés. Pour gagner la hauteur nécessaire, les équipes ont creusé le sol du plateau. C'était, à l'époque, l'un des plus grands décors jamais construits en intérieur à Paramount.

Robert Burks, directeur de la photographie habituel de Hitchcock, a pré-éclairé chaque appartement indépendamment, de jour comme de nuit, en dix jours avant le début du tournage. Hitchcock lui-même dirigeait ses acteurs à distance, via une radio à ondes courtes, sans jamais quitter la position de la caméra — celle de Jefferies.

James Stewart incarne un homme à l'aise dans ses certitudes et légèrement lâche dans ses relations — un anti-héros que la peur finit par rendre plus vrai. Grace Kelly est sa partenaire et tout son contraire : élégante, directe, plus courageuse que lui à chaque instant. « Fenêtre sur cour » fonctionne aussi comme une comédie de couple, cachée dans un thriller.

Sorti en 1954 et quatre fois nominé aux Oscars, le film reste l'une des expériences les plus intenses d'Hitchcock. Revoir « Fenêtre sur cour » aujourd'hui, c'est réaliser que le spectateur a regardé avec Jefferies depuis le début — sans jamais se demander si c'était son droit.

Vendredi 5 juin à 21.05 sur France 5

 

The Truman Show


Comédie dramatique
De Peter Weir
Avec Jim Carrey
Note IMDB : 8.2/10

Truman Burbank (Jim Carrey) mène une vie parfaite dans une petite ville parfaite, entouré de voisins parfaits. Sauf que tout est faux. « The Truman Show » part d'une idée qui pourrait sembler absurde — un homme dont toute l'existence est une émission de téléréalité sans qu'il le sache — et en tire quelque chose d'étrange et émouvant.

Peter Weir, l'Australien derrière « Le Cercle des poètes disparus » et « Master and Commander », tourne dans la vraie ville de Seaside, en Floride, dont le design néo-victorien ressemble déjà à un décor de cinéma sans que personne n'ait rien construit. Ce choix de décor naturel renforce l'étrangeté du film : rien n'est fabriqué, et pourtant tout semble irréel.

Jim Carrey, habitué aux excès dans « Ace Ventura » ou « The Mask », révèle ici une tout autre palette. Son Truman est sincère, touchant, drôle sans forcer — et quand la réalité commence à se fissurer, Carrey porte cette bascule avec une sobriété inattendue. Dans « The Truman Show », la caméra surveille Truman en permanence, et le spectateur aussi.

Ed Harris incarne Christof, le créateur tout-puissant qui observe son personnage depuis une régie spatiale, avec une ambiguïté trouble — manipulateur, mais aussi dévoré par quelque chose qui ressemble à de l'amour. Laura Linney, en épouse-actrice, tire le meilleur parti d'un rôle conçu pour être vide.

Sorti en 1998, « The Truman Show » a précédé de peu l'explosion mondiale de la téléréalité — ce qui lui donne aujourd'hui une résonance d'autant plus singulière. Le film a vieilli dans le bon sens : moins il paraît exagéré, plus il inquiète.

Samedi 6 juin à 21.10 sur 6ter

 

La Vengeance dans la Peau


Thriller et Espionnage
De Paul Greengrass
Avec Matt Damon
Note IMDB : 8.0/10

Jason Bourne (Matt Damon) est toujours en fuite, toujours à la recherche de ce qu'il était avant de devenir une machine à tuer. Avec « La Vengeance dans la peau », Paul Greengrass referme la trilogie originale sur un final d'une tension rarement atteinte dans le cinéma d'action de ces années-là.

Greengrass a forgé avec les deux premiers films un style reconnaissable — caméra portée à l'épaule, coupes serrées, cadres instables qui mettent le spectateur au cœur de l'action plutôt qu'en face d'elle. Dans « La Vengeance dans la peau », cette signature atteint son point d'équilibre. La séquence de filature à Waterloo Station, filmée avec les vrais passants pour figurants en temps réel ou presque, reste un modèle du genre.

Matt Damon, discret là où d'autres sur-joueraient, porte l'ensemble avec une économie de gestes qui rend Bourne crédible. L'acteur avait déjà traversé « La Mémoire dans la Peau » et « La Mort dans la Peau » — mais c'est ici qu'il semble le plus habiter par le personnage, comme si deux films lui avaient appris à se taire au bon moment.

David Strathairn compose un antagoniste bureaucratique froid et calculé, qui n'a pas besoin de hausser le ton pour être redoutable. Julia Stiles retrouve Nicky Parsons avec une présence plus affirmée que dans les épisodes précédents — il suffit de quelques scènes pour comprendre tout ce qu'elle n'a pas dit depuis le début.

Triple lauréat aux Oscars techniques en 2008 — meilleur montage, montage sonore et mixage sonore —, « La Vengeance dans la peau » reste la référence de ce que peut être un film d'action bien construit : efficace, cohérent, jamais vulgaire.

Dimanche 7 juin à 21.10 sur TF1 Séries Films

 

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